Réponse de Claire DEMANGE-SALVAGE, Psychologue-Coach, consultante en entreprise
Il est vrai que le coach, dont l’activité s’inscrit dans les «sciences « molles »(humaines) et non dans les sciences dures (physiques), est plus proche du psy que du médecin. Or il n’y a pas pires ennemis que les tribus « sœurs », comme l’histoire nous l’a montré par exemple avec la « guerre fleurie « combat perpétuel opposant au 15ème siècle les tribus aztèques de même origine, ou, plus proches de nous, les « clans » dans les cités. Pourquoi ? Parceque la « ressemblance » menace notre identité si celle-ci est fragile ou fragilisée par un contexte difficile (stressant diront les comportementalistes). La tendance à constituer des clans est une manière de se débarrasser de ce stress identitaire en projetant sur le « clan » voisin (selonla logique du bouc émissaire) le « mauvais» que nous portons en nous et préférons ignorer.
On retrouve ici le vieux préjugé français de la toute puissance de la formation initiale. De plus, cette formation initiale est d’autant plus décriéequ’elle est proche du métier de coach et synonyme d’un diplôme de niveau I en sciences humaines (psychologue, psychiatre) – attisant les affres de ceux qui ne peuvent faire état d’un tel diplôme, car aucune école de coaching ne délivre à ce jour de diplôme d’état.
L’aspect négatif, c’est que toute personne ayant une pratique de coach doit s’attendre à ce que son parcours antérieur ou sa formation initiale soit l’objet de critiques des corporations. Et chacun ira de ses projections négatives personnelles sur les défauts inhérents à tel cursus, perçu comme un « formatage« déformant. Peut-être est-ce d’ailleurs l’utilité principale des écoles de coaches, dont les certifications ne sont au fond qu’une petite pierre à l’édifice du professionnalisme d’un coach, que de tenter – sans y réussir complètement – de raboter les différences initiales des diplômes et des formations, génératrices d’une hostilité disqualifiante, afin de créer un esprit de corps, tout en rassurant les consommateurs potentiels du coaching.
C’est pourquoi les prescripteurs et les futurs coachés doivent être attentifs aux limites des estampilles, labels, certificats, normalisations et rationalisations excessives du métier de coach, et ouvrir les critères de choix d’un coach en donnant la priorité aux résultats obtenus et vérifiables auprès d’anciens coachés. Le coach devra bien sûr faire état bien sûr d’une formation de bon niveau et d’une bonne connaissance du monde professionnel.
Le risque pour l’acheteur de coaching (qui intervient en amont de la rencontre coach/coaché), c’est de privilégierl’un ou l’autre de ces critères « rationnels ». L’adéquation entre les compétences du coach, l’environnement de l’entreprise et les personnes susceptibles d’être coachées est difficile à rationaliser, car en dernier lieu, c’est le futur coaché qui sentira s’il peut progresser avec un coach ou pas.
Ainsi, contrairement à d’autres familles d’achats, cen’est pas la réduction, mais l’ouverture du panel de fournisseurs qui est la stratégie la mieux adaptée à l’achat de coaching. Les grands comptes qui nous confient des missions l’ont bien compris, puisqu’ils travaillent depuis plusieurs années avec des coaches internes, qui leur ont permis d’acquérir une culture certaine en matière de coaching. Nous les louons pour leur aptitude à pratiquer cette ouverture, dans le respect de la relation intuitu-personae qui reliera le coaché et son coach.
Réponse de Claire Demange-Salvage, Psychologue-Coach, Consultante en entreprise
COMPREHENSION DE L’ORGANISATION, DE LA CULTURE D’ENTREPRISE
D’une part le coaching permet au coaché de prendre conscience de la culture d’entreprise dans laquelle il/elle est immergé, avec les limites, plus ou moins négociables, imposées par cette même culture. D’autre part, les séances de débriefing qui réunissent le coaché et les acteurs impliqués dans la demande initiale (RRH, hiérarchie, opérationnels) permettent un travail sur les relations dysfonctionnelles, grâce au questionnement du coach, acteur neutre et extérieur au système. Le coaching peut révéler certains dysfonctionnements organisationnels touchant directement la personne du coaché, le plus souvent un rattachement hiérarchique mal adapté, ou bien la nécessité de formuler autrement le positionnement du coaché dans l’organigramme.
COMPREHENSION PAR LE/LA COACHE(E) DE CE QU’IL/ELLE PEUT/DOIT CHANGER
Le cheminement que j’ai pu observer, chez celles et ceux que j’accompagne – sur des problématiques de management et de relations avec leurs équipes, avec la hiérarchie – c’est effectivement un changement, mais pas dans le sens d’une hyper-adaptation à leur environnement, plutôt un recentrage sur soi – en quoi la situation extérieure résonne trop fort en soi, d’où provient leur sentiment d’échec professionnel.
IDENTIFIER LES CHANGEMENTS POSSIBLES, TROUVER UN SOUTIEN POUR LES METTRE EN OEUVRE
Avancer dans la vie en restant en bonne santé physique et mentale implique d’être capable d’opérer des changements ; changements qui vont se décliner au niveau de nos valeurs (moteurs de nos ambitions), de nos liens affectifs (mariage, décès, naissance d’’enfants, divorces), de notre environnement matériel (déménagements, achat/vente d’un logement). Ce que nous connaissons de nous-mêmes, et ce qui compte pour nous, lorsque nous avons 20 ans change lorsque nous atteignons la trentaine, se modifie encore autour de la quarantaine, et ainsi de suite – ces « cycles de vie », structurés autour d’une durée de 12-14 ans, ont été amplement étudiés aux USA depuis 40 ans par Levinston et Sheehy, entre autres. Curieusement, ces théories ont du mal à s’implanter en France, probablement du fait du conservatisme viscéral de notre culture, au contraire de la culture américaine où les « nouveaux départs » sont possibles à pratiquement tout âge. Un ami revenu récemment de New-York me disait qu’il avait eu la surprise d’apprendre d’un chauffeur de taxi que ce dernier avait appris ce métier à 70 ans, et qu’il en avait aujourd’hui 80… d’après mon ami, ce chauffeur donnait l’impression d’avoir à peine atteint la soixantaine. Le chauffeur octogénaire l’a conduit à destination en un temps record…
LA CAPACITE A CHANGER EST INDISPENSABLE A UNE REUSSITE DURABLE
Nous savons que ce qui incarne nos désirs et notre vision de la réussite à 20 ans (par ex un certain métier, un certain mode de vie) peut changer radicalement 10 ou 15 ans plus tard , lorsqu’ayant atteint certains objectifs, nous découvrons certains aspects différents de la vie et de nous-mêmes qui méritent de s’y consacrer. Si l’on a gardé strictement les mêmes valeurs à 50 ans qu’à 20 ans, il est probable que l’on va vivre une situation de souffrance et/ou de perte d’efficacité, des déceptions en tout cas ….
J’évoque ici un mouvement beaucoup plus complexe que la seule trajectoire encore majoritairement reconnue comme « normale » dans notre société, trajectoire d’une acmé professionnelle (jusque 40/45 ans) et d’un nécessaire désinvestissement ou non changement à partir de 45 ans, cet âge semblant inscrit dans notre système limbique (le tissu neuronal le plus primitif) comme celui d’une première « mort symbolique», celle de la fin de la jeunesse – il est vrai que pendant des milliers d’années, les hommes n’ont pas dépassé ce « grand âge », auquel ils avaient rempli leur dette vis-à-vis de la tribu, en terme de progéniture et de transmission.
LES VRAIS CHANGEMENTS SONT DIFFICILES A REALISER SEUL
L’enjeu pour la réussite de chacun est de s’autoriser à réaliser une trajectoire personnelle, à partir d’une connaissance plus approfondie – de soi et des autres- , puis trouver l’énergie d’ accorder son activité professionnelle à cette nouvelle strate, pour définir une façon plus performante de se comporter, de travailler, de se réaliser avec le collectif, parfois en prenant de la distance par rapport aux standards normatifs (« ce que l’on fait en général à tel âge avec tel parcours et telles compétences ») . L’énergie est nécessaire, car il faudra réussir à convaincre le monde extérieur, et imposer son individualité.
Le coaching est un accompagnement permettant d’actualiser un potentiel qui évolue au fur et à mesure que nous progressons dans la vie. Souvent, un ou plusieurs échecs sont les indicateurs qu’un changement est nécessaire, et avec lui un temps de réflexion …
Le coaché et son environnement relationnel, professionnel, familial et amical du coaché le connaît/reconnaît dans un certain rôle, une certaine «identité professionnelle », et ce regard »passé » peut emprisonner, et bloquer le mouvement naturel du changement. C’est pourquoi l’accompagnement par un acteur bienveillant et aguerri au changement est nécessaire pour se donner toutes les chances de réussir cette nouvelle étape de vie.
UNE SOLUTION POSITIVE POUR LE COACHE ET L’ENTREPRISE
Le coaching permet de formuler et de mettre en oeuvre ce qui peut changer pour la personne coachée, au mieux de ses intérêts, au sein de l’organisation où elle travaille ou à l’extérieur, et ouvrir de nouvelles voies bénéfiques pour les deux parties.