LES CONSEILS DE FEMMES DIRIGEANTES POUR S’IMPOSER

LES CONSEILS DE FEMMES DIRIGEANTES

Pour réussir dans un monde masculin, il est essentiel de ne pas « jouer le registre de la séduction ». Les femmes chefs d’entreprise sont unanimes, et les chiffres le prouvent : leurs entreprises sont très bien positionnées sur leur marché et affichent souvent une rentabilité plus qu’honorable.

Valérie Roussel, propriétaire de Château Roubine

Blonde, souriante, féminine, Valérie Roussel est vigneronne dans le sud de la France, avec un réseau de professionnels majoritairement masculins. « Dans le milieu de la vigne, les femmes sont respectées pour leurs talents de dégustatrices et leur sensibilité !” dit-elle. Mais elle reconnaît avoir dû faire preuve de travail et de performance pour recevoir l’adoubement de ses pairs. Valérie Roussel a bataillé dur lorsqu’elle est devenue présidente des Crus classés des côtes de Provence. C’est un GIE qui regroupe 18 membres, dont trois femmes.” Pour aboutir à la création d’une association de défense des crus classés et une charte d’excellence, j’ai passé la main à une autre femme. Nous avons bon espoir d’y arriver avec l’aide d’un médiateur. En l’occurrence, un homme !” Ses conseils pour se faire accepter :– Sachez observer et écouter, faites preuve de diplomatie et de ténacité. – Ne jouez pas les séductrices sans chercher pour autant à ressembler aux hommes que vous côtoyez !

Karolyn Favreau, Andrexen , start-up dans l’édition de logiciels pour télécoms.

Karolyn Favreau est l’image même de l’ “Executive woman” occidentale, au fort tempérament entrepreneurial : Essec de formation, passée dans le conseil chez McKinsey, avec une expérience dans le démarrage de start-up. En 2008, elle rejoint comme associée Andrexen : “En janvier dernier, un client indonésien est venu à Paris pour suivre une formation à nos produits et négocier un contrat. Le lundi, il a refusé de me serrer la main ! » Pendant la formation, chaque fois que Karolyn Favreau parle, ses interlocuteurs indonésiens ne la regardent pas et se tournent vers son associé! “J’ai compris que je ne devais surtout pas m’imposer. Les jours qui ont suivi, je me suis fait plus discrète que d’habitude, j’ai beaucoup moins parlé, j’ai laissé mon associé traiter les sujets, n’intervenant que ponctuellement et de façon très douce. Alors que mon tempérament est plutôt fonceur !” Une démarche d’humilité qui a payé : le jeudi soir, au moment du “closing” dans un grand hôtel, son interlocuteur a enfin consenti à la regarder dans les yeux et à lui parler. Résultat : un deal à 15 millions de dollars sur trois ans. “C’est aujourd’hui notre plus gros client !”, se félicite Karolyn. Ses conseils pour passer en force :– Se renseigner sur la culture des clients pour éviter de commettre des impairs – Eviter épaules nues et décolletés

Elodie Brasile, 31 ans, patronne depuis dix ans de FreeTouch (agence de création interactive).

“Toute petite, j’étais une gamine super épanouie et joyeuse… mais très malheureuse à l’école”, en cours, cela n’allait pas du tout, je n’avais pas envie d’être évaluée ni d’obéir. « Refusant d’être salariée, Elodie créée sa boite en 2002. Elle a 22 ans et pour seul réseau ses copains d’école. Son business ? FreeTouch, sorte d’agence intérim pour le web qui fournit sept jours sur sept, à ses clients – les agences de communication – des professionnels de l’internet freelance (créatifs, réalisateurs, concepteurs, rédacteurs, planneurs stratégiques, chefs de projet, développeurs…) pour créer des sites. Par souci de rentabilité, Elodie Brasile décide ensuite de travailler directement avec les annonceurs, et FreeTouch devient une agence de communication interactive à part entière, très créative. La petite société cartonne dès 2008 (avec, pour clients, Bouygues Télécom, Canal+, le Crédit Agricole), et lance en 2009 une activité de production vidéo, Super Nuts, et une de web TV, Pure Channel.Ce qui lui permet en juin 2010 de lever 550 000 euros. Ses conseils pour réussir vite :– Allez droit au but avec les investisseurs, vos clients et votre équipe. C’est un soulagement et ça rassure tout le monde : 80 % de mes collaborateurs me suivent parce que je ne leur mens pas et qu’ils savent où je veux aller. – Ne vous isolez pas et ne vous refermez pas sur vous-même, au contraire, communiquez et échangez. – Gardez du temps pour vous, c’est essentiel, pour soi, pour son travail et pour sa famille.

Agnès Costa-Weber, présidente de l’entreprise familiale Fragonard Parfumeur

a succédé à son père : “Aujourd’hui, la parité est largement installée”, souligne Agnès. Contre l’avis de leur père, les sœurs ont introduit avec succès la VPC et, dès 1997, la vente en ligne, qui représente plus de 40 % des ventes. Fragonard, qui fait partie du palmarès des entreprises féminines de croissance, affiche un développement harmonieux. En dix ans, elle a créé dix points de vente, tout en restant indépendante. “Notre père, qui est âgé de 91 ans, est toujours présent au quotidien dans l’entreprise, souligne la très tonique patronne de Fragonard. Il a découvert avec ses trois filles une succession à laquelle il ne s’attendait pas. Et c’est formidable ! » Ses conseils pour être légitime :– Croyez à la vertu de l’exemple. Quand on travaille beaucoup, on se fait respecter – Héritière ou pas, vous devez d’abord considérer les gens avec qui vous travaillez et bien les rémunérer, tout le monde alors sera gagnant – Faites confiance à vos collaborateurs, donnez-leur des responsabilités pour qu’ils aiment leur travail.

Valérie Balavoine, dirigeante d’Axible Technologies

Ses conseils pour trouver des financements : – “Dans le secteur très masculin des nouvelles technologies, face à des investisseurs, il est très important, pour être crédible, de ne pas jouer le registre de la séduction”. – C’est avant tout la qualité du projet qui fait la différence – Mouillez votre chemise Impliquez-vous au lieu de déléguer la tâche à un leveur de fonds. Prenez en revanche les conseils d’un avocat et, pour vous mettre le pied à l’étrier, trouvez un mentor, entrepreneur lui aussi, qui a déjà levé des fonds et pourra vous apporter son expertise. – Choisissez le bon moment N’attendez pas d’être dans le besoin pour rechercher des fonds. Car, même lorsqu’un dossier intéresse des investisseurs, il faut toujours plusieurs mois pour boucler l’affaire. Et surtout, une entreprise séduit davantage quand elle se porte bien. – Définissez le bon montant de l’aide sollicitée. Cela dépend des besoins de votre entreprise, évidemment, mais aussi de votre volonté de rester ou non majoritaire. Une question très personnelle.